fr en
Nous contacter
Accueil Le blog Recherche, innovation et réindustrialisation : pourquoi le manifeste de l’ANRT arrive à un moment charnière

Recherche, innovation et réindustrialisation : pourquoi le manifeste de l’ANRT arrive à un moment charnière

La France dispose d’un écosystème de recherche et d’innovation riche, mais peine encore à transformer suffisamment ses avancées scientifiques en innovations industrielles et en capacités de production. Dans un contexte de compétition technologique mondiale, l’ANRT appelle à faire de la recherche et de l’innovation un axe majeur de la politique économique française. Les évolutions récentes de la R&D privée, de France 2030, de la Deeptech et du CIR donnent une résonance particulière à cet appel.

Décryptage

25.09.26

8 min

Un manifeste qui intervient à un moment charnière

La recherche et l’innovation doivent-elles devenir une priorité nationale au même titre que l’énergie, la défense ou la transition écologique ?

C’est en tout cas le message porté par le récent manifeste de l’Association Nationale de la Recherche et de la Technologie (ANRT), qui appelle à un pacte public-privé pour inscrire durablement la recherche et l’innovation au cœur des priorités nationales.

Le manifeste intervient dans le prolongement des Assises de la recherche partenariale organisées en décembre 2025, qui avaient réuni 400 acteurs de la recherche académique et du monde industriel. Ces échanges avaient déjà mis en évidence deux difficultés : la faiblesse persistante de la R&D privée française et la difficulté à transformer les résultats scientifiques en innovations industrielles, notamment au moment du passage à l’échelle et de l’accès au marché.

L’ANRT formule aujourd’hui douze propositions autour de quatre enjeux :

  1. Porter l’effort national de R&D à 3 % du PIB en 2032 puis 4 % en 2037
  2. Renforcer l’autonomie stratégique et le leadership technologique français
  3. Structurer les écosystèmes territoriaux de recherche
  4. Réconcilier les jeunes générations avec la science et l’industrie

Cette ambition intervient alors que la compétition internationale s’intensifie sur les technologies stratégiques et que la question n’est plus seulement celle de la capacité à produire de la connaissance, mais de la capacité à transformer cette connaissance en valeur économique, en emplois et en capacités industrielles.

Un effort de R&D qui progresse… mais qui reste insuffisant

L’objectif de 3 % du PIB peut sembler ambitieux. Il faut pourtant le mettre en perspective avec la situation actuelle.

Les dernières données provisoires du SIES montrent qu’en 2024, les entreprises implantées en France ont consacré 41,9 milliards d’euros à la R&D, soit une progression de 1 % en volume. Mais leur effort de recherche reste stable à 1,44 % du PIB.

Plus préoccupant pour l’objectif de réindustrialisation, les dépenses de R&D de l’industrie manufacturière ont diminué en volume pour la deuxième année consécutive : -1,1 % en 2024, après -2,3 % en 2023. La baisse atteint notamment 10,5 % dans l’industrie automobile en 2024.

Le constat est donc plus nuancé qu’une simple question de montant global : la France continue d’investir dans la R&D, mais l’effort n’augmente pas suffisamment par rapport à la richesse nationale et certaines branches industrielles stratégiques connaissent même un recul de leurs dépenses de recherche.

Le débat posé par l’ANRT porte ainsi moins sur la nécessité de créer un nouvel outil que sur la capacité de la France à maintenir et accroître dans la durée l’effort de recherche privé et à mieux le convertir en capacités industrielles.

France 2030 : cinq ans après, où en est le passage de la recherche à l’industrie ?

Ce constat est particulièrement intéressant à mettre en regard de France 2030.

Lancé en 2021 et doté de 54 milliards d’euros, le plan vise précisément à agir sur plusieurs maillons de la chaîne : innovation, recherche, formation et industrialisation.

Son bilan à mi-parcours, publié en juillet 2026, apporte des premiers éléments de réponse. Le plan a généré, selon le Gouvernement, 12 milliards d’euros d’investissements supplémentaires et soutenu plus de 1 200 lauréats à fort potentiel technologique. Les évaluations font également apparaître un effet de levier immédiat de 2,3 : chaque euro public investi a mobilisé 1,3 euro privé. À plus long terme, le multiplicateur économique est estimé entre 3,8 et 5,4 euros de richesse supplémentaire pour chaque euro public investi.

Les résultats montrent également que le soutien public contribue à la transformation de la base productive française. Près de 17 milliards d’euros ont été engagés sur le volet industriel, avec une forte concentration sur des secteurs stratégiques comme l’électronique, les véhicules électriques et la décarbonation de l’industrie. Les investissements industriels de France 2030 sont majoritairement orientés vers des secteurs medium-high-tech et high-tech.

Mais le bilan met aussi en évidence une limite qui rejoint directement le constat de l’ANRT : la recherche française produit des résultats scientifiques de haut niveau, mais la capacité d’absorption industrielle de ces innovations doit encore progresser.

Autrement dit, le sujet n’est plus uniquement de financer davantage de recherche. Il est aussi de faire en sorte que les technologies développées atteignent effectivement le stade de la production, du marché et de la création de valeur en France ou en Europe.

Du laboratoire à l’usine : le passage à l’échelle devient une priorité

Cette difficulté est désormais suffisamment identifiée pour faire l’objet de politiques publiques spécifiques.

En juin 2026, l’État a ainsi actualisé le plan Deeptech, lancé en 2019. Son premier axe est explicitement consacré à l’accélération du passage du « labo à l’usine ».

L’objectif est de lever les verrous qui freinent la transformation des résultats de recherche en solutions industrielles. Le plan identifie également un besoin de financement de 30 milliards d’euros d’ici 2030, notamment pour accompagner les phases de croissance et d’industrialisation, particulièrement capitalistiques pour les entreprises Deeptech.

Cette actualisation fait directement écho à l’un des constats centraux du manifeste de l’ANRT : l’enjeu se situe de plus en plus dans les niveaux de maturité intermédiaires et élevés, lorsque l’entreprise doit passer du prototype au démonstrateur, puis du démonstrateur à la première production industrielle et enfin au marché.

Dans notre pratique du financement de l’innovation, c’est effectivement une difficulté que nous rencontrons régulièrement. Une entreprise peut avoir démontré la faisabilité scientifique ou technique d’une technologie sans disposer pour autant des moyens nécessaires pour financer :

  • Un pilote industriel
  • Un démonstrateur à grande échelle
  • Les premières unités de production
  • Les investissements industriels associés
  • La montée en capacité
  • La commercialisation

Le risque est alors que la technologie soit développée en France mais que sa phase d’industrialisation, plus capitalistique, soit réalisée ailleurs.

Le CIR : une demande de stabilité dans un contexte de réformes successives

C’est dans ce contexte que la demande de stabilisation du Crédit d’Impôt Recherche formulée par l’ANRT prend tout son sens.

Le CIR demeure un outil majeur du financement de la R&D privée en France. Mais le dispositif a connu plusieurs évolutions récentes.

La loi de finances pour 2025 a notamment réduit le taux de prise en compte des dépenses de fonctionnement liées aux dépenses de personnel, de 43 % à 40 %, supprimé le régime « jeune docteur », ainsi que certaines dépenses relatives aux brevets, aux certifications d’obtention végétale et à la veille technologique.

L’ANRT estime, dans son analyse du coût du chercheur, que ces évolutions successives ont représenté plusieurs centaines de millions d’euros de réduction du soutien au CIR. Dans son rapport d’activité 2025, elle indique également que les évolutions internes et externes du dispositif ont fait passer la France de la 3e place en 2011 à la 7e place dans son panel international sur le coût du chercheur.

Cette question ne concerne donc pas uniquement le niveau d’un avantage fiscal.

Elle concerne également la visibilité dont disposent les entreprises lorsqu’elles prennent des décisions d’investissement en R&D sur plusieurs années.

Recruter une équipe de chercheurs, créer un laboratoire, engager un programme de développement technologique ou implanter un centre de R&D sont des décisions qui s’inscrivent dans le temps. La stabilité des dispositifs publics peut alors devenir un élément de la décision d’investissement et de localisation.

L’ANRT a d’ailleurs de nouveau rappelé en 2026 le rôle du CIR dans le financement de la R&D privée et l’importance de sa pérennisation pour l’innovation, la compétitivité et la souveraineté industrielle.

Notre analyse

Le problème n’est pas seulement le niveau de financement

 

En tant que cabinet spécialisé dans le financement de l’innovation, nous partageons le constat selon lequel la France doit renforcer son effort de R&D. Mais l’actualité récente conduit également à nuancer la question.

La France dispose déjà d’un écosystème particulièrement riche : CIR, France 2030, dispositifs Bpifrance, financements régionaux, programmes européens, Cifre, recherche partenariale, dispositifs Deeptech… Le problème n’est donc pas uniquement l’absence d’outils. Il réside aussi dans leur lisibilité, leur articulation et leur stabilité dans le temps.

Les Assises de la recherche partenariale de décembre 2025 avaient d’ailleurs fait remonter cette problématique de complexité administrative et d’instabilité des dispositifs publics, qui peuvent freiner les coopérations entre recherche et entreprises. Cette visibilité est particulièrement importante lorsqu’il s’agit de recruter des chercheurs, d’investir dans des équipements, de développer un démonstrateur ou de préparer une industrialisation.

Un enjeu particulier pour les PME et ETI

 

Cette question de lisibilité est d’autant plus importante pour les PME et ETI.

Les grands groupes disposent généralement de directions R&D structurées et de ressources leur permettant d’identifier et de combiner différents dispositifs de financement.

Or, pour une PME innovante, le paysage peut être beaucoup plus difficile à appréhender : CIR, CII, aides individuelles, appels à projets France 2030, financements régionaux, fonds européens, partenariats avec des laboratoires…La multiplication des dispositifs ne garantit donc pas nécessairement leur accessibilité.

L’enjeu consiste aussi à permettre aux entreprises d’identifier le bon financement au bon moment, en fonction du niveau de maturité du projet. Une innovation ne devient pas une réussite industrielle au moment où la preuve scientifique est obtenue. Elle doit encore franchir plusieurs étapes : développement, expérimentation, démonstration, industrialisation, montée en capacité et accès au marché. À chacune de ces étapes correspondent des risques, des besoins financiers et parfois des dispositifs différents.

C’est précisément cette continuité qu’il faut parvenir à construire.

Conclusion

Le manifeste de l’ANRT rappelle que l’enjeu n’est plus seulement de soutenir la recherche, mais de transformer davantage d’innovations en succès industriels. L’objectif de 3 % du PIB consacré à la R&D en 2032 constitue une ambition forte. Sa réussite dépendra cependant autant du niveau des investissements que de la capacité à assurer une véritable continuité entre recherche, innovation, financement et industrialisation.

Pour les entreprises, la question est avant tout celle de la visibilité : visibilité sur les dispositifs de soutien, sur leur articulation et surtout sur leur stabilité dans le temps.

Au fond, la réindustrialisation ne dépendra pas uniquement du niveau des financements accordés à la R&D, mais de notre capacité collective à accompagner une innovation jusqu’à sa mise sur le marché et son industrialisation sur le territoire français.

Ces contenus peuvent également vous intéresser

7 min

Plan Osez l’IA : bilan 2026, financement et éligibilité CIR/CII

Lancé le 1ᵉʳ juillet 2025, le plan national Osez l’IA vise à accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle dans les entreprises françaises. Un an après son lancement, le bilan officiel affiche plus de 35 000 entreprises sensibilisées, 615 Ambassadeurs IA et 88 offreurs de solutions référencés. Après une première phase axée sur l'acculturation, le Gouvernement renforce le dispositif en septembre 2026. L'objectif : passer de la sensibilisation au déploiement opérationnel en accélérant le recours au Diag Data IA et aux aides à l'innovation.

Actualité 11.09.26
7 min

Agrément CIR : ce qui change en 2026

La campagne de renouvellement des agréments CIR est ouverte ! Depuis 2025, les demandes passent par la nouvelle plateforme CIROCO, avec un format de saisie différent et des champs désormais limités en nombre de caractères. Dates à retenir, pièces à fournir, conditions d’éligibilité : voici ce qu’il faut savoir pour préparer son dossier de renouvellement en 2026.

Décryptage 04.09.26
7 min

CIR/CII : pourquoi septembre est le bon moment pour faire le point sur vos projets 2026

La rentrée marque souvent la reprise des projets, des réunions et des arbitrages budgétaires. C’est aussi un bon moment pour prendre un peu de recul sur les travaux menés depuis le début de l’année et se poser une question simple : quels sont les projets qui pourraient être éligibles au CIR ou au CII au titre de 2026 ?

Décryptage 28.08.26

Pour aller plus loin

S’abonner à notre newsletter

Recevez notre actualité

« * » indique les champs nécessaires

Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

J'ai lu et j'accepte la politique de protection des données de FRS Consulting